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La Veuve :
Moi... Je ne devrais pas le dire, mais le chagrin, ça me creuse
Quand jai des ennuis ou des soucis, cest chaque fois la même chose, jai besoin de manger. Jai toujours limpression davoir un creux, là.
Le Veuf :
Ça le fait chez certaines personnes.
La Veuve :
Moi, ça me la fait depuis toute petite. Je me souviens, déjà, à lécole, la moindre contrariété, je dévorais...
Le Veuf : ( psychologue )
Cest une sorte de compensation...Lorganisme se défend. Non, moi, de ce côté là, je ne dérègle pas ...
La Veuve : ( objective et émue )
Ça me mettait hors de moi, parce que quand on a quelquun qui est perdu et quon narrête pas de manger, on sen veut, nest-ce pas ?
On se le reproche... je pleurais comme une fontaine, mais nempêche, je me faisais mes deux ufs brouillés avec des petits croûtons.
Il faut habiter ces personnages qui sont des archétypes, non des caricatures.
La tendresse que nous pouvons éprouver pour eux doit nous permettre de restituer la réalité sans condescendance ou pitié, mais au contraire avec acharnement, avec une précision méthodique, chirurgicale, pour exposer ce terrifiant tragique dérisoire par le biais dun théâtre vivant, cher à Louis Calaferte .
Le Théâtre de Calaferte, et plus encore ses pièces intimistes, me touche par lécriture, bien sûr, mais aussi par le traitement quil entend quon lui donne : le nécessaire comique et la légèreté.
Il y a chez lui une acuité du regard puis comme un arrêt sur image. Il retient avec une extrême précision un moment, un état, un climat; dautres nen tireraient quune photographie, un instantané, pas lui.
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